COVID long : le vécu des patients corroboré par l’imagerie cérébrale

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Ils pensaient être tirés d’affaire, s’en être sortis sans trop de dommages, ayant développé une forme modérée de la COVID-19 dont ils s’étaient apparemment remis. Mais des mois plus tard, certains se plaignent encore de syndromes douloureux, d’insomnies, de troubles de l’attention ou de la mémoire. D’autres rencontrent encore des problèmes d’essoufflement, tandis que bon nombre d’entre eux n’ont toujours pas retrouvé le goût et l’odorat.

 

Des symptômes qui, sur la durée, affectent considérablement leur quotidien et ont un retentissement dans tous les pans de leur existence. L’ensemble de ces plaintes oriente vers une implication cérébrale, mais les scanners ou IRM cérébraux effectués ne montrent aucune lésion. Afin de comprendre la persistance des symptômes chez ces personnes que l’on dit victimes de « Covid long », le Pr Éric GUEDJ et son équipe du service de Médecine Nucléaire de la Timone (Dr Serge CAMMILLERI, Dr Jacques-Yves CAMPION) procèdent à des examens d’imagerie fonctionnelle. Une cohorte de 35 patients a été évaluée par TEP métabolique dans le cadre d’une prise en charge globale associant l’IHU Méditerranée Infection (Dr Carole ELDIN).

 

Pr Éric GUEDJ« C’est un examen qui a tout son intérêt lorsqu’il existe une discordance entre la présence de troubles persistants et une normalité morphologique à l’imagerie. Ce que l’on mesure avec la tomographie par émission de positons, c’est la consommation de glucose au niveau cérébral, qui est un excellent marqueur du fonctionnement cérébral global », explique le Pr GUEDJ.

 

Les données relevées auprès des 35 patients atteints de COVID long ont été comparées à celles de 44 patients sains. Les résultats démontrent pour la première fois l’origine cérébrale de ces symptômes, avec la mise en évidence d’un hypo-métabolisme.

 

« Cela se traduit par une diminution de l’activité cérébrale, en particulier dans le bulbe olfactif et les régions qui lui sont connectées comme les régions limbiques, liées à la mémoire et à la régulation des émotions ; ainsi que le tronc cérébral qui contrôle les fonctionnements autonomes du corps, par exemple la respiration ou le sommeil. Enfin le cervelet, qui joue un rôle dans la motricité et l’équilibre. » (Pr GUEDJ)

 

Il s’agit d’une découverte majeure pour tous ces patients. Cela apporte une confirmation objective, manifeste, de leur ressenti : ils ne présentent pas à ce stade de lésions morphologiques séquellaires mais souffrent d’un hypo-fonctionnement cérébral. Ce profil d’hypo-métabolisme s’avère extrêmement efficace pour les repérer et les distinguer de sujets sains non exposés, avec 100% de bonnes classifications. En outre, les résultats sont corrélés aux symptômes : plus ceux-ci sont marqués, plus le profil TEP métabolique est sévère.

 

« Corroborer l’expérience, le vécu des patients par des examens rigoureux et fiables, c’est montrer que le Covid long correspond bien à une réalité cérébrale. Ces résultats justifient une prise en charge globale, et que l’on poursuive les travaux de recherche. Des filières s’organisent à l’AP-HM, en partenariat avec l’IHU, pour proposer un suivi et un parcours de soins adaptés. L’une des premières perspectives que l’on pourrait tirer de cette étude sur le plan thérapeutique, est que la sphère ORL constitue sans doute la voie d’entrée du processus pathologique, qu’il soit inflammatoire, infectieux ou simplement fonctionnel. Il semble de fait très important de traiter efficacement et sans doute précocement le syndrome infectieux et inflammatoire local au niveau de la sphère ORL. »

Lien entre Covid Long et Métabolisme Cérébral

Hypométabolisme cérébral du 18 F-FDG par TEP chez les patients atteints de COVID long
E. Guedj ,JY Campion ,P. Dudouet ,E. Kaphan ,F. Bregeon ,H. Tissot-Dupont ,S. Guis ,F. Barthélemy ,P. Habert ,M. Ceccaldi ,M.Million ,D.Raoult ,S.Cammilleri &C.Eldin
Journal européen de médecine nucléaire et d’imagerie moléculaire le volume 48 , pages2823–2833 ( 2021 ) Citer cet article
Résumé
But
Dans le contexte de l’épidémie mondiale de coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS-CoV-2), certains patients signalent des troubles fonctionnels après une guérison apparente du COVID-19. Cette présentation clinique a été qualifiée de « COVID longue ». Nous présentons ici une analyse rétrospective de 18 TEP cérébrales F-FDG de patients COVID longs du même centre avec un diagnostic biologiquement confirmé d’infection par le SRAS-CoV-2 et des plaintes fonctionnelles persistantes au moins 3 semaines après l’infection initiale.

Méthodes
Les scans TEP de 35 patients atteints de COVID long ont été comparés à l’aide d’une analyse basée sur les voxels du cerveau entier à une base de données locale de 44 sujets sains contrôlés pour l’âge et le sexe afin de caractériser l’hypométabolisme cérébral. La pertinence individuelle de ce profil métabolique a été évaluée pour classer les patients et les sujets sains. Enfin, les anomalies TEP étaient exploratoires par rapport aux caractéristiques et plaintes fonctionnelles des patients.

Résultats
Par rapport aux sujets sains, les patients atteints de COVID long présentaient un hypométabolisme bilatéral dans le gyrus rectal/orbital bilatéral, y compris le gyrus olfactif ; le lobe temporal droit, comprenant l’amygdale et l’hippocampe, s’étendant jusqu’au thalamus droit ; le tronc cérébral pons/medulla bilatéral ; le cervelet bilatéral ( p -voxel < 0,001 non corrigé, p -cluster < 0,05 FWE corrigé). Ces clusters métaboliques étaient hautement discriminants pour distinguer les patients des sujets sains (classification correcte à 100%). Ces clusters d’hypométabolisme étaient significativement associés à des plaintes fonctionnelles plus nombreuses (tronc cérébral et clusters cérébelleux), et tous associés à la survenue de certains symptômes (hyposmie/anosmie, mémoire/troubles cognitifs, douleur et insomnie) (p  < 0,05). Dans une analyse plus préliminaire, le métabolisme du cluster frontal qui comprenait le gyrus olfactif était plus mauvais chez les 7 patients traités par des médicaments ACE pour l’hypertension artérielle ( p  = 0,032), et meilleur chez les 3 patients qui avaient utilisé un spray décongestionnant nasal à le stade infectieux ( p  < 0,001).

Conclusion
Cette étude démontre un profil d’hypométabolisme cérébral de la TEP chez des patients COVID longs avec un SRAS-CoV-2 biologiquement confirmé et des plaintes fonctionnelles persistantes plus de 3 semaines après les symptômes initiaux de l’infection, impliquant le gyrus olfactif et les régions limbiques/paralimbiques connectées, étendues au tronc cérébral et le cervelet. Ces hypométabolismes sont associés aux symptômes des patients, avec une valeur de biomarqueur pour identifier et éventuellement suivre ces patients. L’hypométabolisme du cluster frontal, qui comprenait le gyrus olfactif, semble être lié aux médicaments ACE chez les patients souffrant d’hypertension artérielle, avec également un meilleur métabolisme de cette région olfactive chez les patients utilisant un spray décongestionnant nasal, suggérant un rôle possible des récepteurs de l’ECA comme porte d’entrée olfactive de ce neurotropisme

odorat

La perte d’odorat

10 à 25% des personnes infectées par le Covid19 présentent une perte d’odorat (anosmie) ceci indépendamment de la gravité de leur infection. Initialement, le virus pénètre par les  fosse nasales où il se multiple et au fond desquelles se trouvent des cils qui sont l’extrémité des neurones olfactifs reliés au lobe olfactif du cerveau. Les informations reçues par ces neurones pour une odeur particulière sont constituées de plusieurs « notes » formant  le  « code » de cette odeur. Il est transmis à la partie du cerveau chargée  de le reconnaitre si l’odeur est connue ou de l’enregistrer si elle est nouvelle. Une odeur que vous sentez peut être reconnue par son nom, un plat, un lieu, une circonstance, etc..  par exemple le cumin peut évoquer  le terme « cumin », les graines ou les pois chiches préparés en salade !

La communication complexe menant des fosses nasales au cerveau peut être interrompue par l’action du virus à n’importe quel endroit. La rééducation olfactive consiste à reconstituer le réseau permettant de percevoir une odeur et de l’interpréter.Les kits de rééducation olfactive fournis par la société Argeville  sont constitués  de douze solutions numérotées contenant des odeurs de la vie courante (café, lavande, vinaigre, menthe…).La patient testé dans notre service essaie d’identifier les odeurs une à une et inscrit  pour chacune le résultat: « 0 = je ne sens rien » « 1= je sens mais ne reconnais pas » « 2 = je sens et j’identifie ».Après chaque odeur nous donnons la solution au patient afin qu’il recrée le lien odeur-traduction. Nous obtenons ainsi une note de départ. Le patient conserve le kit et refait le test chez lui le plus souvent possible. Chaque mois, il complète un formulaire en ligne qui nous permet de suivre son évolution.75% des patients récupèrent ainsi un odorat normal dans les 3 mois. Seuls 5% ont encore un déficit important au bout d’un an.


La perte d’odorat