Encéphalomyélite myalgique
Aussi appelée syndrome de fatigue chronique (EM/SFC), c’est une maladie chronique complexe qui touche le système nerveux, immunitaire et énergétique. Elle n’est ni « juste de la fatigue », ni psychologique : c’est une atteinte biologique reconnue par l’Organisation mondiale de la santé.
Une atteinte biologique, pas un manque d’énergie
L’EM/SFC apparaît souvent après une infection (mononucléose, grippe, et plus récemment le Covid-19), parfois après un traumatisme physique ou un stress important. Elle perturbe la production d’énergie cellulaire, la régulation du système nerveux autonome et la réponse immunitaire. Les personnes atteintes vivent avec une réserve d’énergie très réduite et imprévisible, que le moindre effort — physique, cognitif ou même émotionnel — peut épuiser.
La maladie touche tous les âges, y compris les enfants et adolescents, et dure en moyenne plusieurs années ; certaines personnes ne récupèrent jamais complètement.
Un tableau clinique multisystémique
Les symptômes varient d’une personne à l’autre et fluctuent d’un jour à l’autre, ce qui rend la maladie difficile à expliquer à l’entourage.
Fatigue invalidante
Non soulagée par le repos, présente depuis plus de six mois, réduisant nettement les activités antérieures.
Malaise post-effort
Aggravation des symptômes après un effort, différée de quelques heures à quelques jours (voir ci-dessous).
Sommeil non réparateur
Insomnies, sommeil fragmenté ou inversé, réveils épuisés malgré des heures de sommeil.
Troubles cognitifs
« Brouillard cérébral » : difficultés de concentration, de mémoire immédiate, de recherche des mots.
Intolérance orthostatique
Vertiges, palpitations ou malaise en position debout ou assise prolongée.
Douleurs diffuses
Douleurs musculaires et articulaires, maux de tête, sensibilité accrue au toucher.
Hypersensibilités sensorielles
Intolérance à la lumière, au bruit, aux odeurs ou à certains aliments et médicaments.
Dérèglements du système autonome
Régulation thermique, digestive ou cardiaque perturbée.
Le malaise post-effort (PEM)
C’est le symptôme qui distingue l’EM/SFC d’une simple fatigue : un effort — même minime, comme prendre une douche ou tenir une conversation — peut déclencher une aggravation générale des symptômes, retardée et disproportionnée par rapport à l’effort fourni.
Contrairement au « déconditionnement », augmenter progressivement l’activité (comme on le ferait après une blessure) peut aggraver durablement l’état d’une personne atteinte d’EM/SFC. La prise en charge repose donc sur la gestion de l’énergie, pas sur le réentraînement à l’effort.
Un diagnostic d’exclusion, souvent tardif
Il n’existe pas de test biologique unique pour confirmer l’EM/SFC : le diagnostic repose sur les symptômes et l’exclusion d’autres causes. Les critères les plus utilisés (Institute of Medicine, 2015) demandent la présence de :
- 1
Réduction substantielle de la capacité à mener les activités habituelles, depuis plus de six mois, avec fatigue profonde d’apparition récente.
- 2
Malaise post-effort après un effort physique, cognitif ou émotionnel.
- 3
Sommeil non réparateur, quelle que soit sa durée.
- 4
Troubles cognitifs ou intolérance orthostatique (au moins l’un des deux).
En pratique, le délai moyen avant un diagnostic correct dépasse souvent plusieurs années, faute de formation médicale suffisante sur la maladie.
Vivre avec l’EM/SFC : le rythme (pacing)
En l’absence de traitement curatif, la stratégie principale est le pacing : apprendre à répartir son énergie pour rester sous le seuil qui déclenche un malaise post-effort.
Repérer ses signaux d’alerte
Observer les premiers signes de fatigue, de douleur ou de perte de concentration avant qu’ils ne s’aggravent.
Fractionner les efforts
Alterner activité et repos, même en l’absence de fatigue ressentie, plutôt que d’attendre l’épuisement.
Prioriser plutôt que pousser
Choisir consciemment où va l’énergie disponible, plutôt que de chercher à « tout faire malgré tout ».
Anticiper les rechutes
Prévoir des marges de récupération après un effort inhabituel (rendez-vous médical, déplacement, événement social).
EM/SFC et Covid long
Une part importante des personnes vivant avec un Covid long développent un tableau clinique qui remplit les critères diagnostiques de l’EM/SFC, malaise post-effort inclus. Ce n’est pas une coïncidence : l’EM/SFC est elle-même fréquemment déclenchée par une infection virale, et le Covid-19 s’ajoute à une liste déjà connue (mononucléose, grippe, certaines infections bactériennes).
Cette convergence a eu un effet inattendu : l’ampleur du Covid long a accéléré la recherche sur l’EM/SFC, une maladie longtemps sous-financée malgré des décennies d’existence documentée.
