Hypersomnolence et conduite automobile : comment réduire le risque d’accident ?

Vincent Richeux

22 décembre 2025

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STRASBOURG — Comment réduire le risque d’accident pendant la conduite automobile chez des patients traités pour un syndrome d’apnée obstructive du sommeil (SAOS) gardant une somnolence persistante ? Si des psychostimulants ont été récemment autorisés dans cette indication, l’hygiène de sommeil reste à la base de la prise en charge, a rappelé le Dr Sébastien Bailleul (CHU de Grenoble Alpes), lors du Congrès du sommeil 2025 [1]

« Dans les situations de privation de sommeil, la prescription d’un traitement médicamenteux éveillant peut donner un faux sentiment de vigilance et de confiance », a commenté le spécialiste du sommeil. Une perception dangereuse que peuvent avoir des patients avec un SAOS présentant une somnolence résiduelle, malgré un traitement par ventilation à pression positive continue (PPC) bien conduit.

Avec 4 à 10% de la population adulte française touchée, le SAOS est un problème de santé public important. En raison de son efficacité, notamment dans la réduction des somnolences diurnes, la PPC reste le traitement de référence du SAOS modéré à sévère. Un peu plus de deux millions de patients souffrant de SAOS sont actuellement traités par PPC en France, a indiqué l’intervenant.

S’il persiste une somnolence résiduelle au volant chez les patients traités par PPC, il y a cinq fois plus de risque d’accident.

Seuil de 4 heures/nuit de PPC

L’efficacité de la ventilation sur les somnolences diurnes modérées à sévères est fortement corrélée à l’observance. Selon des données issues d’une méta-analyse, au-delà de 4 heures d’utilisation en moyenne par nuit du ventilateur, « on a une réduction drastique de la somnolence résiduelle et une normalisation des différents tests » évaluant l’état de fatigue ressenti[2].

Quelques études ont été menées chez des patients avec SAOS pour déterminer l’impact du traitement par PPC sur les déficits d’attention affectant la capacité à conduire. L’une d’entre elle a montré que l’application du traitement permet de normaliser le temps de réaction des conducteurs face à l’apparition d’un obstacle, matérialisé dans l’étude par des jets d’eau verticaux [3].

Plus récemment, une étude observationnelle française, à laquelle le Dr Bailleul a participé, a rapporté un risque trois fois plus élevé (HR=3,20) d’accident de la route chez les patients avec SAOS ayant une faible adhérence à la PPC, soit une utilisation de l’appareil moins de 4 h/nuit en moyenne [4]. S’il persiste une somnolence résiduelle au volant chez les patients traités par PPC, il y a cinq fois plus de risque d’accident (HR= 5,4). 

L’adhérence à la PPC et la persistance d’une somnolence résiduelle au volant sont deux facteurs « faciles à évaluer » pour détecter le risque lié à la conduite chez les patients traités par PPC, a souligné le spécialiste. « Il faut insister auprès des patients sur l’importance de l’adhérence au traitement, surtout lorsque persiste une somnolence résiduelle ».

Une hygiène de sommeil dégradée ne permet pas une vigilance et un éveil de qualité en journée, même avec plus 6h de PPC par nuit

Dr Baillieul

Rechercher les autres causes de somnolence

Si l’utilisation moyenne de la ventilation pendant plus de 4h/nuit reste un bon objectif pour réduire les somnolences, on estime que 6 à 13% des patients SAOS présentant une bonne adhésion au traitement (6 h ou plus de PPC par nuit) conservent malgré tout une somnolence diurne excessive anormale (score d’Epworth ≥ 11). 

La prise en charge de la somnolence diurne résiduelle sous PPC a fait récemment l’objet de recommandations françaises, qui préconisent de rechercher d’autres causes de somnolence. Face à une somnolence diurne excessive inexpliquée, il est préconisé de repérer une éventuelle dette de sommeil en utilisant les données du dispositif de PPC ou des agendas de sommeil.

« Les données de telemonitoring de l’appareillage PPC donnent l’opportunité d’identifier une hygiène de sommeil dégradée ou de mauvais comportements de sommeil. » Les rapports de telemonitoring sont ainsi un bon moyen de sensibiliser les patients, estime le Dr Baillieul. « Une hygiène de sommeil dégradée ne permet pas une vigilance et un éveil de qualité en journée, même avec plus 6h de PPC par nuit ».

Le dépistage d’un trouble psychiatrique est également recommandé, en utilisant notamment le questionnaire HAD ((Hospital Anxiety and Depression scale) pour rechercher une dépression ou une anxiété. Les maladies inflammatoires, les cancers et de nombreuses pathologies neurologiques sont également des causes de fatigue et de somnolence.

Pour évaluer le risque d’accident lié à la somnolence au volant, il est recommandé d’utiliser l’échelle BOSS (Bordeaux Sleepiness Scale (BOSS). Ce nouveau score permet d’identifier spécifiquement les patients somnolents plus susceptibles de provoquer un accident de la route. L’évaluation s’appuie sur un court questionnaire, qui prend en compte le genre et l’auto-perception de la somnolence.

Solriamfétol ou pitolisant en deuxième intention

Deux traitements médicamenteux éveillants ont obtenu une autorisation de mise sur le marché en France dans le traitement de la somnolence diurne excessive : le solriamfétol et le pitolisant. Ils sont, plus précisément, indiqués chez les patients adultes présentant un SAOS, « dont la somnolence n’a pas été traitée de manière satisfaisante par un traitement primaire », tel que la PPC.

Selon une récente méta-analyse, ces deux psychostimulants ont une efficacité et une balance bénéfice/risque similaires chez les patients SAOS présentant une somnolence résiduelle avec une nette amélioration de la vigilance mesurée par l’échelle de somnolence d’Epworph et les scores OSLER (Oxford Sleep Resistance) et MWT (Maintenance of Wakefulness Test) [5].

Une seule petite étude a été menée pour évaluer l’effet de ce type de molécule sur la conduite chez les patients avec une hypersomnolence associée à un SAOS (score d’Epworph≥10) [6]. Dans cette étude randomisée, les volontaires ont été randomisés pour recevoir du solriamfétol (150 mg et 300 mg/jour) ou un placebo, et inversement dans un protocole en cross-over.

Les résultats ont montré une amélioration significative des performances de conduite sur route chez les patients sous solriamfétol, les franchissements des lignes de voie étant moins fréquents que dans le groupe contrôle. L’effet est persistant puisque ces améliorations s’observent 2 heures, mais aussi 6 heures après la prise du médicament éveillant.

Chez les conducteurs professionnels, un test de maintien de l’éveil (TME) doit être réalisé dans un délai minimum d’un mois après initiation du traitement éveillant afin de renouveler l’aptitude à la conduite des véhicules motorisés.

« Maximiser les opportunités de sommeil »

Chez les patients SAOS, « l’appareillage en PPC et les traitements pharmacologiques permettent de réduire le risque accidentel, mais cette efficacité est conditionnée malgré tout à l’hygiène de sommeil et à l’éducation des patients », a conclu le Dr Baillieul.

La sensibilisation des patients concerne essentiellement les conducteurs professionnels. « Notre rôle est aussi d’informer du risque associé à la mauvaise hygiène du sommeil, surtout s’il y a une contrainte forte », liée à une activité professionnelle dépendante de la conduite, a ajouté le praticien lors d’un échange avec le public.

Dans cette population, « il faut pouvoir maximiser les opportunités de sommeil », en particulier pendant la semaine, et également « optimiser l’utilisation de la PPC pendant les moments de sommeil », a conclu l’orateur.

Hypersomnolence et conduite automobile

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